Contrairement aux cultures annuelles (soja, colza, tournesol …), faciles à moissonner une fois pour toutes et produisant des graines de petites tailles riches en huile facile à séparer, le palmier produit jusqu’à deux gros régimes par mois de plus de 15 kg.
Chaque fruit contient une amande, au cœur blanchâtre, plus ou moins grosse, riche en huile, entourée d’une coque. Autour de la coque, une pulpe de couleur orange à maturité, plus ou moins épaisse et riche en huile.
Trois types de fruits existent dans la nature : à coque épaisse, à coque fine et sans coque et, généralement stériles (caractère codé par un gène ayant deux allèles). Les producteurs de semences de palmier pollinisent les fleurs femelles des palmiers à coque épaisse avec du pollen de fleurs mâles de palmiers sans coque. Les sélectionneurs choisissent les parents conduisant au meilleurs descendants (nombre de régîmes par an, rendement en régîmes par an, taux d’extraction d’huile, résistance aux maladies, croissance verticale réduite, encombrement réduit).
Quand ils privilégient la production d’huile issue de la pulpe, ils ont tendance à réduire le volume de l’amande et l’épaisseur de la coque.
Une fois coupé (manuellement, parfois à plus de 10 mètres de haut avec une perche ou par un grimpeur) et manipulé (secoué …), l’huile, à l’intérieur des fruits, se dégrade rapidement (les triglycérides, riches nutritionnellement et rémunérés par les filières agro-alimentaires, sont attaqués par des enzymes, les lipases, qui les découpent en acides).
Température et pression à l’entrée des extracteurs industriels neutralisent ce phénomène. Le temps entre récolte et traitement à l’usine est déterminant. Un extracteur industriel coûte de 500 kEUR (pour 300 ha) à plusieurs millions pour les plus gros (pour 10.000 ha par exemple). L’huile, rouge, est raffinée, blanchie (perdant au passage une partie de ses vitamines) et désodorisée. L’impact sur l’environnement est souvent pris en compte (autonomie énergétique, au prix d’un moindre retour de matière végétale en décomposition au champ, parfois biogaz, lagunage …).
Les extracteurs artisanaux, au contraire, qui se développent en périphérie des extracteurs industriels, les concurrencent (en période de faible production) et les complètent (en période de forte production), n’ont généralement pas la possibilité de traiter directement de gros régimes de 15 kg et en font retirer d’abord les fruits. Mais les régimes sont coriaces et l’effruitage, manuel, au couteau, est exigeant en travail, dur et risqué. Du coup, les régimes sont laissés à fermenter plusieurs jours voire semaines après récolte pour que l’ancrage des fruits soit moins solide et que leur séparation soit facilitée. L’acidité grimpe, par exemple jusqu’à 30%, bien au-delà des 5% tolérées par les filières agroalimentaires, les plus rémunératrices. L’extraction est coûteuse en combustible (souvent bois) et pénible (fumée, chaleur). Les liquides issus de l’extraction sont rejetés dans le cours d’eau proche de l’extracteur.
Les foyers utilisent des fruits pour leur cuisine, au sein de préparations longues séparant progressivement la partie digestible des fruits et conférant aux plats une couleur rouge caractéristique, un goût, au moins partiellement lié à la forte acidité, et un comportement particulier (réactions chimiques ou à la température). Ils savent également séparer l’huile du fruit et produire ainsi de l’huile rouge.
Quand on passe des régions les plus favorables au palmier à huile, à pluviométrie bien étalée sur l’année, à des zones avec plusieurs mois de saison sèche, par exemple 6 ou 7, on passe d’une production de régîmes relativement bien répartie sur tous les mois de l’année à une production de régîmes concentrée sur 3 à 4 mois. Dans ces situations, les plus sèches, une usine ne fonctionne donc qu’un tiers du temps et demande plus de 3 fois plus de temps pour être remboursée. Ou, dit autrement, il faut une usine 3 fois plus grosse pour traiter la même production annuelle.
Dans ces situations-là, l’entretien de la plantation et la circulation des récolteurs ne génèrent pas de revenus pendant 8 mois par an : ils ne sont donc pas réalisés. Les régîmes présents voient leurs mésocarpes se vider de leur huile (pourrissement …). Par contre leur noix (amande protégée par sa coque), riche en huile, se conserve et peut être récoltée et utilisée ultérieurement.
C’est d’ailleurs par le commerce des noix que la filière industrielle a commencé, des flux massifs depuis les bosquets africains vers l’Europe au XIXème siècle ayant lancé les activités de fabrication de savon des frères Lever (d’Unilever) par exemple.
La noix était probablement la forme principale d’utilisation des fruits du palmier à huile du fait de sa conservabilité et de sa transportabilité. Des noix ont par exemple traversé l’Atlantique à bord de navires au temps de l’esclavage : on trouve jusqu’à présent des bosquets de palmier à huile à Salvador de Bahia au Brésil.
En résumé, avant l’ère industrielle, des noix circulaient pour être consommées telles qu’elles (énergie) ou transformées en huile de palmiste. Les ménages récoltaient des régîmes frais pour, en plus, intégrer de la pulpe dans leurs préparations alimentaires et produire de l’huile rouge.
Au début de l’ère industrielle, des noix sont transportées sur de longues distances pour fabriquer du savon.
Puis l’intérêt se porte sur l’huile de pulpe, potentiellement bien plus massive dans chaque fruit : sélection de formes de fruits, de parents, de zones de production oú de la pulpe est fabriquée toute l’année : pluviométrie massive et bien étalée, température élevée, en général dans des zones où le contrôle de la végétation est extrêmement difficile sans moyens industriels et où mouche tsé-tsé et trypanosomiase ont empêché le développement de l’élevage de ruminants et de l’agriculture.
Ces zones sont couvertes de forêt, l’agriculture n’y est pas développée : les consommateurs de produits industriels souhaitent, au sens large, de moins en moins être associés à leur déforestation. Les nouvelles zones de plantation remontent donc vers là où il fait plus sec, là où il faut plus froid (altitude), là ou agriculture et population se sont davantage développées. Les nouveaux projets de développement, agricoles ou industriels, rendus indispensables par croissance de la demande dans les pays producteurs et croissance de leurs importations, sont obligatoirement plus inclusifs et plus fins techniquement. Cela n’empêche pas que des aventures soient tentées en zone forestière ou sans consultation des êtres humains utilisant les surfaces ciblées : elles tournent court de plus en plus vite.